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  • Chute des personnes âgées

    détecteur de chutePrès de 20 millions de personnes âgées chutent chaque année en Europe, que ce soit à leur domicile ou dans une institution (Becker 1999). La plupart de ces chutes ne sont pas détectées à temps, provoquant un nombre d’hospitalisations estimé à plus de 2 millions et près de 85 000 décès (11 000 en France), nombre qui pourrait être substantiellement diminué en cas d’intervention précoce (Alexander 1997).


    La fréquence annuelle des chutes augmente régulièrement avec l’âge. Environ 30 % des personnes âgées de plus de 65 ans chutent au moins une fois chaque année, taux qui s’élève à 50 % après 80 ans (Bergland 1998). Entre 20 % et 30 % des personnes ayant chuté souffrent de séquelles qui diminuent leur mobilité et leur autonomie, avec un risque accru de décès prématuré (Bloch 2009).


    Lorsqu'une chute survient, une intervention précoce des secours devient cruciale afin de minimiser les conséquences de l’accident. Près de 50 % des personnes ayant chuté ont besoin d’une aide pour se relever (Tinetti 1993). Même une chute en apparence sans gravité peut se révéler fatale si la personne ne parvient pas à se relever seule et ne parvient pas à alerter les secours. Le fait de rester allongé au sol pendant plus de 12 heures entraîne des escarres de pression, une déshydratation, une hypothermie, une pneumonie et le décès (Bloch 2009). La détection précoce est cruciale, le fait d’obtenir une aide rapidement après une chute diminuant le risque d’hospitalisation de 26 % et la mort de plus de 80 %.

    Les principaux risques pouvant découler d’une chute sont les suivants :
    - avoir déjà subi une chute : les personnes ayant déjà chuté ont 20 fois plus de risque de subir une nouvelle chute que les personnes présentant les mêmes facteurs de risque mais n’ayant jamais chuté auparavant ;
    - l’âge de la personne : les chutes deviennent plus fréquentes avec l’avancée en âge. Comme il a été indiqué supra, les personnes âgées de plus de 80 ans chutent très souvent ;
    - les autres facteurs sont le fait d’être atteint d’une altération cognitive ou d’être traité par des calmants ou des médicaments psychotrope.
    Les chutes les plus critiques sont celles qui surviennent au domicile car elles sont le plus souvent subies par des personnes sortant peu : très vieilles personnes, personnes souffrant d’un manque d’autonomie et personnes fragiles. Même si une chute peut survenir dans n’importe quelle partie du domicile, les pièces les plus fréquentes sont la chambre, la salle de bains et les toilettes.


    Enjeux

    Une chute se définit comme une perte brutale et accidentelle de l’équilibre postural lors de la marche ou de la réalisation de toute autre activité et faisant tomber la personne sur le sol ou toute autre surface basse (Zak 2002).

    Parce qu’elles n’ont parfois pas de conséquence directe apparente, les chutes ont tendance à être banalisées par les médecins et les patients, et sont ainsi largement sous-évaluées. Pourtant, c’est le premier facteur de morbi-mortalité chez les personnes âgées, ce qui en fait un réel problème de santé publique. Si les études s’intéressant aux chutes sont nombreuses, peu d’entre elles du fait de la méthode utilisée peuvent être exhaustive quant aux données pouvant caractériser les facteurs de gravité des chutes.

    Lorsqu’elle survient chez des sujets âgés autonomes vivant seuls avec peu d’aide et peu de troubles cognitifs, la chute doit être considérée comme un  marqueur de fragilité. La mortalité importante dans les suites des chutes, de l’ordre de 15 % à six mois, ne pouvant être expliquée par les seules conséquences traumatiques comme l’a montré un important travail mené au SAU Cochin en 2006 auprès de 433 sujets âgés de plus de 75 ans admis après une chute survenue au domicile (Bloch 2009), il est important de noter que le séjour prolongé au sol est responsable d’une morbi-mortalité majeure.



    Des risques majeurs pour les populations à risque


    Une incidence croissant avec l’âge
    L’incidence annuelle des chutes est élevée et augmente avec l’avancée en âge : elle est de 30 % à partir de 65 ans, 50 % à partir de 80 ans.

    Pourtant, au sein de cette population âgée, tous les sujets ne sont pas égaux face au risque de chute ; d'une part, les femmes sont deux fois plus exposées que les  hommes, d’autre part, 70 %  des chutes surviennent chez des  personnes âgées en bonne santé, 20 % chez des personnes âgées fragiles et 10 % chez des personnes âgées dépendantes.


    Un sous-groupe à surveiller
    Si le groupe comprenant les personnes fragiles et dépendantes est le moins important, c’est pourtant la cible qu’il convient de surveiller avec le plus d’attention car c’est celle comprenant les sujets les plus à risque de chutes compliquées (Aharonoff 1998).

    Même si les personnes âgées valides tombent le plus souvent hors du domicile, la majorité des chutes compliquées survient à la maison. Les populations chutant à l’intérieur sont différentes de celles chutant à l’extérieur, le plus souvent, il s’agit de personnes très âgées peu autonomes ou fragiles (Norton  1997, Thapa 1996, Ryynanen 1991). En cas de chute à l’intérieur, le lieu de chute est variable mais prédomine dans la chambre et la salle de bain et/ou les toilettes (Sadigh 2004, Milisen 2004, Lee 1999, De Vito 1988)

    Il n’y a pas, en revanche de différence entre le jour et la nuit en ce qui concerne la fréquence des chutes (Ryynanen 1991, Gryfe 1977).


    Des conséquences graves
    Vingt pour cent des chutes sont suivies d’une intervention médicale, avec pour moitié des fractures dont celles du col du fémur sont les plus fréquentes, au nombre de 50 000 par an en France (Sadigh 2004, Gostynski 1999, Riley 1992), ou encore des douleurs et des hématomes, une étude ayant montré que huit semaines après la chute il  persistait des douleurs liées à la chute elle-même chez 10% des patients (Gostynski 1991).

    La mortalité à court terme reste faible même si elle augmente avec l’âge, dépasse les 10 % après 80 ans et atteint 15 % à 6 mois comme l'indique une étude réalisée au SAU Cochin (Bloch 2009).

    Grâce à une collaboration au sein de l'AP-HP avec l'hôpital Broca et l'URC Paris Centre Descartes, il a été possible de mettre en évidence chez les 433 patients admis aux urgences de l'hôpital Cochin suite à une chute survenue à leur domicile une différence nette entre le groupe des sujets présentant des conséquences traumatiques et celui n’en présentant pas, ce qu’indique la figure suivante (Bloch 2009) :


    capteur de chute criteres kaplan meier

    Courbe de survie à 6 mois en séparant la population avec et sans conséquences traumatiques (Bloch 2009)



    Dans cette même étude menée au SAU Cochin, l’analyse multivariée des facteurs influençant la mortalité à 6 mois toutes causes confondues a permis de mettre en évidence comme facteur influençant la mortalité : le score de Katz initial, chaque point de moins sur l’indice initial augmentant de 20% le risque de décès, les causes de chute intrinsèques, le genre (masculin) et les conséquences métaboliques.

    Point important à souligner chez les 433 patients étudiés, majoritairement autonomes, isolés, peu aidés et présentant peu de troubles cognitifs, seulement un quart de la population était équipé d’un dispositif de téléassistance, un tel dispositif n’ayant permis de donner l’alerte que dans moins de 8 % des cas. 

    La chute doit donc être considérée comme un important marqueur de fragilité.

    En outre, la mortalité importante dans les suites des chutes ne pouvant être expliquée exclusivement par les conséquences traumatiques, de nombreux éléments suggèrent que le séjour prolongé au sol est responsable d’une morbi-mortalité majeure.

    C’est donc par les complications et les séquelles à court et moyen termes que la mortalité devient importante dans l’année qui suit la chute compliquée. Quelques études semblent montrer que la mortalité et le devenir sont fortement liés au délai d’intervention des secours (Gurley 1996).

    Enfin, si les séquelles fonctionnelles peuvent  entraîner des handicaps ou des incapacités qui retentissent sur l’autonomie et l’entrée en institution (Wilkins 1999, Kiel 1991), les séquelles psychologiques peuvent également  compromettre l’autonomie et le maintien au domicile. Ces séquelles sont considérées comme des facteurs de risque multiples : le syndrome post chute qui est retrouvé dans 1/3 des chutes est un facteur de pronostic péjoratif ; un million de personnes ne sortent plus de chez elle à la suite d’une chute. Par ailleurs, le risque de rechute est également augmenté.


    De nombreuses personnes ne peuvent se relever seules après une chute


    Différents travaux indiquent que de nombreux sujets âgés sont incapables de se relever seuls après une chute (Tinetti 1993, Alexander 1998, Fleming 2008), avec des conséquences importantes en cas de chute extrinsèque (Ryynanen 1992).

    Dans une étude destinée à identifier les facteurs prédictifs et pronostiques, il est indiqué que comparativement aux non-chuteurs, chez les 47 % des patients incapables de se relever seuls après une chute, les facteurs de risque associés de manière indépendante avec l’incapacité de se relever sont un âge supérieur à 80 ans, une dépression et des troubles de l’équilibre et de la marche (Tinetti 1993).

    Dans un travail consacré au même sujet, il est précisé que la survenue d’une chute suivie d’une période d’immobilisation prolongée est associée à un traumatisme sévère, un mécanisme intrinsèque ou inconnu de chute, une chute à l’intérieur, des capacités fonctionnelles limitées, l’usage d’aide à la déambulation, une température corporelle supérieure à 37,5 ° C et une kaliémie inférieure à 3,5 mmol/l (Ryynanen 1992).


    Les immobilisations conduisent à des conséquences graves


    Une étude rétrospective réalisée par les services de secours d’urgence de San Francisco auprès d’une population de personnes retrouvées à leur domicile seules sans aide met en évidence, dans le groupe des personnes âgées isolées de plus de 85 ans, un taux de mortalité de 12 % pour une immobilisation inférieure à une heure et de 67 % pour une immobilisation supérieure à 72 heures (Gurley 1996).


    Conclusion


    Les questions soulevées par la problématique de chutes chez les personnes âgées représentent un véritable enjeu de santé publique au niveau international. A l’origine de près de 85 000 décès chaque année en Europe, mais également première cause d’admission en milieu hospitalier et en institution, les chutes représentent un poids social encore largement sous-estimé. Des actions de sensibilisation et d’aménagement du domicile ont certes permis d’améliorer la prévention et la sécurité mais les conséquences restent le plus souvent graves lorsque la chute n’a pu être évitée. Il est en effet démontré que près de 50 % des personnes âgées ne peuvent se relever seules après une chute (Tinetti 1993, Fleming 2088). Indépendamment des fractures et des traumatismes, les conséquences métaboliques d’une immobilisation prolongée sont la principale cause de décès prématuré (Gurley 1996, Bloch 2009). De nombreuses recherches sont actuellement en cours au niveau international et il est vraisemblable que la diffusion de dispositifs de détection fiables tels que le Vigi’Fall permettront  d’améliorer la sécurité et le bien-être des personnes âgées à risque de chute.


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    En savoir plus : www.protec-chute.com  / www.protec-fall.com